ADAPTATIONS CLASSE DE PREMIÈRE GÉNÉRALE – AIDE À LA MISE EN OEUVRE DES SUBSTITUTIONS DES POINTS DE PASSAGE ET D’OUVERTURE – HISTOIRE

Pascal Marsilloux, professeur formateur académique, août 2020

Thème 1 : l’Europe face aux révolutions (11h-13h)

Chapitre 2. L’Europe entre restauration et révolution (1814-1848)

Les adaptations des programmes d’histoire-géographie du lycée sont parues au BOEN n° 30 du 23 juillet 2020. En classe de première, les élèves passent des évaluations communes (EC), la fiche suivante a pour objectif de présenter succinctement le contexte historique et international de Mayotte du début au milieu du XIXe siècle. Il ne s’agit pas de proposer aux professeurs de l’Académie des séances et des séquences qui seront peu à peu rédigées par des groupes d’enseignants mis en place au fil de l’année scolaire 2020-2021 et des suivantes mais d’offrir quelques ressources et quelques informations historiographiques ayant pour objectif d’aider les professeurs à enrichir leur récit. La période de 1814 à 1846 est importante pour l’histoire de Mayotte. La colonisation et la mise sous tutelle de l’île par la France de la monarchie de Juillet succède à une période d’instabilité géopolitique politique d’une cinquantaine d’années. Pour le thème 1 chapitre 2 de première, Il est préconisé de substituer les trois points de passage et d’ouverture (PPO) prévus dans le programme par des PPO sur l’histoire de Mayotte (voir le tableau ci-dessus). Il est tout à fait concevable pour cette année scolaire 2020-2021 de conserver le PPO sur le Congrès de Vienne en tenant compte par exemple des conséquences du premier traité de Paris de 1814 sur les colonies françaises dans le sud-ouest de l’océan Indien (les décisions concernant l’océan Indien ne sont pas remises en cause par le second traité de Paris de 1815). Pour le rattachement de Mayotte à la France, des documents expliquant la présence française peuvent être lus et expliqués en classe. C’est la parole du professeur qui donnera le contexte aux élèves. Sur l’abolition de l’esclavage à Mayotte, il existe de nombreux documents de références qui permettront aux enseignants de se documenter et de choisir un angle d’approche tout en replaçant cet événement dans le contexte de Mayotte et sa région et dans le contexte colonial de la prise de possession de l’île par la France.   

Les documents cités publiés à Mayotte sont la plupart du temps disponibles dans les CDI des établissements de Mayotte ou sur internet. Les Archives départementales de Mayotte possède le plus beau fonds bibliographique sur l’histoire de Mayotte et de sa région en consultation sur place. 

Mise au point historiographique : L’histoire de Mayotte et l’histoire de France, des histoires parallèles qui finissent par se rejoindre.

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Une source pédagogique utilisable à Mayotte pour traiter du rattachement à la France est le fascicule Mayotte, 1841-1843 Histoire du rattachement à la France, des Archives départementales de Mayotte, rédigé en 2007, par Michel Charpentier, professeur agrégé d’histoire-géographie (voir la photo ci-dessus). Dans la perspective de situer chronologiquement la prise de possession de l’île de Mayotte par la puissance coloniale française, il est utile de connaître l’histoire des relations internationales au XVIIIe et au XIXe siècles dans le sud-ouest de l’océan Indien. Dans l’attente du développement de séquences didactiques par les collègues de Mayotte et d’approfondissements sur les acteurs de l’histoire locale, quelques repères chronologiques pourront être fournis aux élèves dans le récit du professeur. La prise de possession de Mayotte par la France est un processus qui résulte de la concurrence entre deux ensembles d’acteurs dont les intérêts convergent ou divergent : des acteurs politiques et militaires français (officiers de marine, membres du gouvernement ; en concurrence avec des acteurs britannique) et des acteurs de l’archipel des Comores et de la vaste région du canal du Mozambique (souverains de Madagascar et des Comores ; puissances du Golfe…). 

Dans son travail, Michel Charpentier, s’intéresse à l’exploration des îles de l’océan Indien et en particulier de l’archipel des Comores. Quant au rattachement de l’île à la souveraineté française, l’auteur met l’accent sur une double problématique historique : « une volonté d’expansion française dans l’océan Indien pour compenser la perte « irrémédiable de l’île de France » [actuelle île Maurice] après le traité de 1814 et une période de trouble et d’instabilité aux Comores et particulièrement à Mayotte conduisant à la recherche de la protection d’une puissance européenne ». (cf la présentation générale du fascicule). 

La France dans l’océan Indien : 

Une expansion au XVIIIème siècle jusqu’à la guerre de Sept Ans

La France, jusqu’à la conclusion de la guerre de Sept ans est une puissance maritime en expansion dans l’océan Indien. Son expansion est soutenue par l’établissement d’une compagnie des Indes orientales florissante, même si elle n’est pas la plus importante des compagnies qui sillonnent l’océan Indien. Les possessions françaises dans le sous-continent indien sont bien assurées par la politique de Dupleix (commandant des établissements français de l’Inde jusqu’en 1754). Au sud-ouest de l’océan Indien, dans l’archipel des Mascareignes,  l’île Bourbon (la Réunion) est acquise dès 1638 et l’île de France (l’Île Maurice) en 1715. L’Île de France possède un des meilleurs ports de l’océan Indien. Elle devient un atout majeur de la politique d’expansion de la monarchie française. Rodrigues et les Seychelles sont aussi intégrées dans l’ensemble français à partir de l’Île de France. 

Au XVIIIe siècle Mayotte et les îles Comores sont de mieux en mieux connues des navigateurs européens et français comme l’atteste la carte de Nicolas Bellin de 1745 (carte des Iles de Comores). Comme l’indique Michel Charpentier, « jusqu’à la fin du XVIIe siècle, marins et cartographes n’étaient pas d’accord sur le nombre d’îles dans l’archipel : les cartes de l’époque comportent souvent six îles (voire davantage) dont celles de Saint-Christophe et Saint-Esprit qui n’ont jamais existé. 

Carte de 1745 de N. Bellin, visible sur le site du musée de Villèle à la Réunion : https://www.musee-villele.re/fr/search-notice/detail/55ili4y5hhnog8j-2wksv

La fin d’une expansion française dans l’océan Indien : les deux traités de Paris (1763 et 1814)

À la fin de la guerre de Sept Ans, par le traité de Paris de 1763, la France doit céder à l’Angleterre ses possessions en Inde et son influence est circonscrite à Pondichéry. Il est à noter que la guerre de Sept Ans est un jalon du thème 2 de l’enseignement de spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale. 

Carte guerre de Sept-Ans sur le site l’histoire.fr : la guerre de Sept-Ans première guerre mondiale?

Carte France-Angleterre : une lutte pour la domination du monde, 1755-1815 sur le site l’histoire.fr

Pendant les guerres napoléoniennes, l’Empire, éloigné des Mascareignes, et n’ayant pas la force navale nécessaire se sert des corsaires, comme Surcouf, pour mener une guerre de course causant de lourdes pertes à la marine marchande britannique. Mais les Britanniques finissent par s’installer durablement au Cap en 1806 et leur flotte de guerre leur permet de reprendre l’avantage, en particulier après le départ des corsaires mécontents de l’action de Decaen (capitaine général des Français en Inde de 1802 à 1810, il effectue aussi sa mission à partir de l’Île de France, tout en réorganisant le commerce et la traite négrière entre les Mascareignes et Madagascar). 

En 1814, à l’abdication de l’empereur Napoléon à Fontainebleau, l’Île de France redevient Mauritius. Rodrigues et les Seychelles sont perdues au profit des Anglais. L’île Bourbon (qui avait été renommée île de la Réunion en 1793 et île Bonaparte en 1806) reste une possession française.

La Grande-Bretagne devient hégémonique en contrôlant la presque totalité des côtes indiennes et les grandes escales du Cap de Bonne-Espérance et de Port-Louis. 

Mayotte, une île de l’archipel des Comores très affaiblie par les conflits régionaux. 

L’archipel des Comores n’a pas bien sûr attendu l’arrivée des colonisateurs européens pour avoir une existence propre et il s’inscrit dans un espace d’échanges culturels et commerciaux (communément qualifié de Swahili) à l’interface d’une culture arabo-persane et d’une culture bantoue de l’est de l’Afrique (sujet à développer dans les adaptations de la classe de seconde). 

L’archipel des Comores a connu à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle probablement, au même moment où se déclenchait la Révolution française, le phénomène des razzias malgaches qui s’étendaient jusqu’aux cités swahilies de l’est de l’Afrique. Ces opérations militarisées de pillage systématique des territoires conquis par les Malgaches laissent Mayotte exsangue et dépeuplée, d’autant plus que les Anjouanais avaient pour habitude de piller Mayotte afin d’y faire des captifs avant même que des expéditions organisées à partir de la Grande Île. Mayotte est donc une île très affaiblie au début du XIXème siècle. La déstabilisation de la région se poursuit de 1820 à 1840 toujours en lien avec les guerres entre royaumes malgaches. 

Dans la région, Michel Charpentier qualifie le sultanat d’Anjouan de « modèle le plus avancé de construction étatique » qui revendiquait une souveraineté nominale sur les îles de Mayotte et d’Anjouan. L’île d’Anjouan est donc à l’époque une « puissance régionale » en expansion elle aussi. Les Anjouanais ont capté une partie du flux des navires marchands britanniques qui font escale à Anjouan et ce flux dynamise et monétarise le commerce, dès le XVIIIe siècle. Les affaires sont florissantes à Anjouan et il est possible de se demander, en suivant le raisonnement de Sophie Blanchy, si la richesse créée par le commerce anjouanais n’a pas alerté les malgaches organisant les razzias (voir référence à l’article de Sophie Blanchy ci-dessous).  Géopolitiquement, les sultans d’Anjouan ne se trompent pas sur le rôle que pourraient jouer les européens dans la région. Ils parviennent à s’allier à la puissance britannique afin de contrecarrer les plans français tout en continuant des activités de traite négrière par exemple : traite pourtant interdite par la Grande-Bretagne dès le Congrès de Vienne. 

Un article sur la puissance d’Anjouan et son rôle dans les Comores :

Sophie Blanchy, Anjouan (Comores), un nœud dans les réseaux de l’océan Indien. Émergence et rôle d’une société urbaine lettrée et marchande (XVIIème-XXème siècle), Afriques, n° 6, 2015, L’Afrique orientale et l’océan Indien : connexions, réseaux d’échanges et mondialisation, en ligne : https://journals.openedition.org/afriques/1817

 DES PISTES POUR LES ADAPTATIONS

Première générale : 

HISTOIRE THÈME 1 – chapitre 2 – Point de Passage et d’ouverture − « Des îles entre pirates et planteurs » (Jean Martin) : les rivalités coloniales autour de Mayotte et sa région. 

Afin de permettre aux professeurs de construire leurs leçons en utilisant un matériau scientifique solide, c’est le titre de l’ouvrage de Jean Martin qui a été repris pour cette première substitution d’un PPO du chapitre 2 du thème 1 d’histoire. La lecture de l’édition de la thèse de Jean Martin est une mine d’informations sur la région des Comores et la géopolitique locale au début du XIXème siècle. 

Jean Martin, Les Comores, quatre îles entre pirates et planteurs. Tome 1 : Razzias malgaches et rivalités internationales (fin XVIIIème siècle-1875), éditions L’Harmattan, 1983, 612 pages

Problématique : pourquoi la France s’intéresse-t-elle de plus en plus au canal de Mozambique et à ses îles ? 

Capacités travaillées selon les choix pédagogiques du professeur :  Identifier et nommer les périodes historiques, les continuités et ruptures chronologiques – Identifier et expliciter les dates et acteurs clés des grands événements – Mettre un événement ou une figure en perspective – Mettre en relation des faits ou événements de natures, de périodes,de localisations différentes – Savoir lire, comprendre et apprécier une carte, un croquis, un document iconographique, une série statistique …

Le premier traité de Paris (30 mai 1814) précédant le Congrès de Vienne fixe le sort des îles françaises du sud-ouest de l’océan indien dans l’article 8. Un seconde traité de Paris beaucoup plus dur pour la France est signé le 20 novembre 1815 après l’épisode des Cent Jours (pertes de territoire pour la France, mais sur ses frontières européennes).

Voir le document sur le site de l’université de Perpignan pour le premier traité de Paris de 1814 https://mjp.univ-perp.fr/traites/1814paris.htm

L’influence de la France disparaît peu à peu dans l’océan Indien avec la perte de Port-Louis. Il devient logique que des expéditions françaises cherchant de nouveaux points d’appui soient organisées dans le canal de Mozambique. Simultanément les Britanniques organisent aussi des expéditions.

Mais les Comores et Mayotte sont aussi convoitées par d’autres puissances. 

Document : Extrait du dossier des Archives départementales de Mayotte (Mayotte, 1841-1843 Histoire du rattachement à la France, Michel Charpentier, 2007) :

« Cette instabilité politique chronique excite les convoitises étrangères :

  • L’Imam de Mascate, sultan d’Oman, installé à Zanzibar, prétend exercer une souveraineté sur l’ensemble des terres islamisées du sud-ouest de l’océan Indien. Son influence n’est pas négligeable aux Comores.
  • Le Royaume-Uni, solidement établi au Cap, à l’île Maurice et bien entendu en Inde, envoie régulièrement ses navires patrouiller dans le canal de Mozambique. Son influence s’exerce principalement à Anjouan et à Madagascar.
  • La France, on l’a vu cherche à reprendre pied dans la région.
  • Enfin, si les invasions malgaches ont cessé, l’histoire de Madagascar ne cesse de retentir sur les Comores. L’expansion du royaume Hova à Madagascar contraint le chef sakalave Tse Levalou (Andiansouli) à se réfugier à Mayotte. Un autre chef malgache, ancien adversaire d’Andriansouli, Ramanateka, issu de la famille royale Hova, s’exile à Mohéli. Pendant une vingtaine d’années, l’histoire des Comores est agitée par les ambitions et la rivalité des chefs malgaches réfugiés. »

Il faut bien voir que cette instabilité a pour conséquence des demandes de protections de la part des sultans des Comores. Pour ne pas commettre de contresens, les chefs malgaches cités dans l’extrait ci-dessus peuvent être qualifiés de roi ou de prince dans le contexte historique de la Grande Île. Ils prennent le titre de sultan quand, installés aux Comores, ils se convertissent à l’Islam. 

Première générale : HISTOIRE THÈME 1 – chapitre 2 – Point de Passage et d’ouverture – De 1841 à 1843 : le rattachement de Mayotte à la France. 

Le point de passage et d’ouverture sur le massacre de Chio étant remplacé par de l’histoire de Mayotte, il conviendra d’insister sur l’essor du mouvement des nationalités remettant en cause le Congrès de Vienne dans la leçon du professeur. Cependant, le point de passage et d’ouverture se substituant au massacre de Chio n’est pas sans lien avec la politique internationale menée par la France depuis le Congrès de Vienne. Un ouvrage de la collection Cursus de Benoît Pellistrandi (voir référence en fin de paragraphe) dresse une synthèse efficace des hésitations du gouvernement français vis-à-vis de l’acquisition de nouvelles colonies dans un espace, le sud-ouest de l’océan Indien, contrôlé par les britanniques. De même, le contexte de la prise de possession de Mayotte se situe au moment où l’Europe, traversée par des revendications nationales, nouveau socle politique en construction, connaît une expansion économique qui assoit les fondements d’un rayonnement mondial. Les puissances européennes sont renforcées pour poursuivre une politique coloniale (pour la période qui précède 1871, le terme d’impérialisme doit être manié avec prudence, car il n’aurait pas la même dimension que la politique de partage territorial menée à partir de la conférence de Berlin de 1885 par les pays européens). Avant 1870 en France, la conquête coloniale n’est pas populaire dans l’opinion publique (conquête de l’Algérie 1830, expédition du Mexique sous Napoléon III). La date de 1870 marque une rupture avec la perte des territoires de l’Alsace-Lorraine, à la suite de la défaite devant la Prusse de Bismarck. La nécessité de posséder des colonies et la fierté coloniale qu’elle induit apparaissent alors politiquement nécessaires. L’opinion publique française reste cependant peu convaincue par la nécessité d’acquérir des colonies. 

Benoît Pellistrandi, Les relations internationales de 1800 à 1871, collection CURSUS, 2ème édition, Colin, Paris, 2010

Les sociétés colonisées sont aussi à prendre en compte dans les adaptations car elles connaissent des bouleversements sociaux et culturels majeurs en lien avec l’expansion européenne. 

Encore une fois, le récit du professeur peut servir à contextualiser la prise de possession de Mayotte par la France en élargissant la focale sur tout le sud-ouest de l’océan Indien. Les acteurs historiques, en particulier l’officier de marine Passot confronté à un gouvernement Guizot hésitant, jouent un rôle majeur dans la colonisation de l’île et la politique des points d’appui. Le contexte de la monarchie de Juillet doit être connu des élèves. 

Problématique proposée : la prise de possession de Mayotte par la France n’est-elle que le fruit d’une initiative individuelle ? (celle du commandant Passot)

Capacités travaillées selon le choix pédagogique du professeur : Identifier et expliciter les dates et acteurs clés des grands événements – Procéder à l’analyse critique d’un document selon une approche historique ou géographique – Construire et vérifier des hypothèses sur une situation historique ou géographique.

La monarchie de Juillet n’a pas de plan bien clair de la conquête coloniale qu’elle veut mener contrairement à la monarchie britannique qui possède une marine et un contrôle des mers lui donnant une vision claire de ses ambitions. L’action coloniale du commandant Passot correspond à la politique des points d’appui et des étapes importantes dans les routes maritimes. Les puissances européennes cherchent à établir des zones d’influence qui ne se traduisent parfois que par des accords commerciaux (traité de Nankin de 1842). D’après Benoît Pellistrandi « les voyages d’exploration, ceux de la marine et les missions religieuses sont les trois piliers principaux de la colonisation. » Il serait d’ailleurs utile de comparer l’installation des Français aux Marquises et en Polynésie avec l’arrivée de Passot à Mayotte à peu près à la même période. 

Passot mène pendant quelques années une politique personnelle dans l’océan Indien. En 1840, il négocie l’acquisition de l’île de Nosy-Be proche de Madagascar. Par la suite, il souhaite s’approprier Mayotte. Le 25 avril 1841, il obtient du sultan Andriansouli, la cession de Mayotte à la France. Il souhaite continuer sa politique en annexant aussi les Comores, mais il est désavoué par le gouvernement Guizot. 

Le gouvernement français est hésitant à propos de la prise de possession de Mayotte. La ratification du traité par Louis-Philippe n’a lieu que le 10 février 1843. Ainsi du 25 avril 1841 au 10 février 1843, seul un navire français stationne dans le lagon afin de donner des assurances à Andriansouli. Les gouverneurs de Bourbon De Hell et Bazoche pressent le gouvernement d’annexer Mayotte . Mais les fonctionnaires gouvernementaux cherchent d’abord à obtenir des informations supplémentaires sur les possibilités de développement économique de l’île et son intérêt stratégique. En fait, la principale préoccupation de Guizot est de ne pas provoquer de crise diplomatique en particulier avec la puissance anglaise qui croise dans l’archipel des Comores. Passot s’est assuré la neutralité du sultan d’Anjouan qui revendique traditionnellement la suzeraineté sur Mayotte. L’Imam de Mascate installé à Zanzibar souhaite faire valoir ses droits sur les Comores, mais il est contré dans ses ambitions par la diplomatie française qui rédige un argumentaire contre cette revendication. Ce que craignent le plus les gouverneurs de Bourbon, c’est que Andiansouli s’impatiente et se tourne vers les Anglais. 

Document 1 : extraits du traité de cession de Mayotte à la France du 25 avril 1841

« Au nom du Dieu clément et miséricordieux. C’est en lui que nous mettons notre confiance. Le traité suivant négocié par le capitaine Passor l’envoyé de M. De Hell, contre-amiral gouverneur de Bourbon, a été conclu entre S.A. Andriansoulu, fils d’Ouza, ancien roi des Sakalaves, aujourd’hui sultan de Mayotte, et le gouvernement français, sauf l’approbation de sa Majesté Louis-Philippe Ier roi des français ou de son représentant le gouverneur de Bourbon.

Article 1 : Le sultan Andiansouli cède à la France en toute propriété l’île de Mayotte qu’il possède par droit de conquête et par convention et sur laquelle il règne depuis treize ans. 

Article 2 : En retour de la présente cession le gouvernement français fera au sultan Andiransouli une rente viagère de mille piastres. Cette rente qui sera payée par trimestre ne sera pas réversible sur les enfants du sultan Andriansouli mais deux de ses fils pourront être envoyés à la Réunion pour y être élevés au frais du gouvernement français. 

Article 3 : Le sultan Andriansouli pourra continuer à habiter Mayotte, il conservera la jouissance de toutes ses propriétés particulières mais il ne devra en aucune manière s’opposer aux ordres donnés par le représentant à Mayotte du roi des Français, il devra au contraire faire tout ce qui dépendra de lui pour en assurer l’exécution. […]

Article 5 : Toutes les propriétés sont inviolables, ainsi les terres cultivées soit par les Sakalaves, soit par les autres habitants de l’île Mayotte continuent à leur appartenir. Cependant si pour la sûreté et la défense de l’île, il était nécessaire d’occuper un terrain habité par un individu quelconque, celui-ci devrait aller s’établir dans une autre partie de l’île et à son choix, mais sans être en droit d’exiger une indemnité. 

Article 6 : Les terres non reconnues propriétés particulières appartiennent de droit au gouvernement français qui seul pourra en disposer. […] »

Fait à Mayotte, le dimanche deuxième du mois de Rabi-el-Awal, 1257 de l’hégire, date correspondante 25 avril 1841.

Signataires : Passot, Andriansouli, Fiunzuna, Bakari Koussou [vizir], Nahikou Anaha, Madani Tauria, Mani Ben Masela, Sidi, Foundi Ben Ahmadi Ben Attoumane, cadi Omar Aboubacar

Document 2 : insistance du gouverneur Bazoche pour l’occupation de Mayotte

« […] Vous voyez, Monsieur le Ministre, que tous les éléments d’une prompte et facile colonisation existent à Mayotte et que cette île pourrait devenir en très peu d’années, un point d’appui pour notre navigation, et le centre d’un commerce important. 

J’attends avec une vive impatience les ordres de Votre Excellence pour faire prendre possession de cette île car j’ai lieu de craindre que le sultan Andriansouli qui ne peut apprécier les motifs qui ont retardé la ratification du traité passé avec lui, ne finissent par prêter l’oreille aux insinuations et aux propositions des Anglais, qui peuvent employer pour atteindre ce but des émissaires arabes envoyés secrètement de Zanzibar par l’Imam de Mascate. […]

Extrait de la correspondance du Contre-Amiral Bazoche, gouverneur de Bourbon, au Ministre de la Marine et des Colonies, le 31 octobre 1842, Archives nationales de l’Outre-mer, MAD 224/476

Document 3 : Pourquoi occuper Mayotte ? (Argumentaire du ministre de la Marine et des Colonies en Conseil des ministres pour entériner l’installation à Mayotte)

« La perte à jamais regrettable de l’île de France nous a privé du seul port que la France possédât au-delà du Cap de Bonne Espérance […] Ainsi dans la partie du globe qui s’étend depuis l’Afrique orientale jusqu’à la Chine, la France n’a aucun point d’appui. […]

L’île Mayotte, peu fréquentée jusqu’à présent par les navires européens, présente des avantages très remarquables, comme position maritime et militaire […] La puissance qui se rendra maîtresse de cette position, non seulement dominera tout le groupe des Comores, le canal de Mozambique et la côte orientale d’Afrique ; elle pourra, en outre, avec une division navale, disputer à des flottes ennemies le passage du Cap de Bonne-Espérance et celui de la mer rouge où l’Angleterre vient de se procurer, par l’occupation d’Aden, un si redoutable point d’appui. […]

Une fois que nous serions établis et consolidés à Mayotte, le gouvernement n’en aurait que plus de chances de succès, s’il adoptait la pensée de diriger quelqu’entreprise sur Madagascar, soit d’après le système d’invasion et de conquête générale de cette île , proposé en dernier lieu par Monsieur le Contre-Amiral De Hell, soit d’après celui qui consiste à s’emparer d’un point du littoral propre à la fondation d’un port, et à miner ensuite la puissances Ovas [Hovas] sans s’engager par une expédition directe dans le cœur de l’île[…] Dans l’une comme dans l’autre hypothèse, l’occupation de Mayotte nous fournirait de grands moyens d’action et d’influence, et par conséquent, au point de vue même des anciens projets du département de la marine à l’égard de Madagascar, la mesure que je propose se recommande par une grande utilité. 

Mais alors même que l’occupation de Mayotte serait examinée indépendamment de ces projets sur Madagascar, ce que j’ai dit dans le cours de cette note démontre que nous y trouverions une position qui, sous le rapport militaire, dominerait le canal de Mozambique et offrirait à notre marine un point d’appui formidable si elle avait quelques luttes à soutenir dans la mer des Indes. Ce sont là des avantages trop précieux pour que le gouvernement du Roi ne se montre pas empressé de les assurer à la France. »

Note pour le Conseil des ministres élaborée par le Ministère de la Marine et des Colonies, 7 janvier 1843, ANOM MAD 224/476

À partir des deux documents sur l’intérêt que présente Mayotte pour une colonisation rapide, il est possible de répondre à la problématique. Si Passot mène une politique personnelle en annexant des îles qui lui paraissent de bons points d’appui, les expéditions ne sont possibles que parce qu’elles sont soutenues par la France et que la surveillance des mers est une nécessité pour conserver les zones d’influence déjà acquises. Passot pose les premiers jalons d’une conquête de Madagascar en s’emparant de Nosy-Be et de Mayotte et ses intérêts personnels rejoignent alors ceux de l’expansion coloniale française. 

1846-1847 : l’abolition de l’esclavage à Mayotte et le développement de l’engagisme.

Pour ce point de passage et d’ouverture, les professeurs disposent désormais d’une mine de d’informations dans l’ouvrage L’esclavage à Mayotte et dans sa région. Du déni mémoriel à la réalité historique, offre une vision très documentée de l’abolition qui a lieu à Mayotte. 

Problématique : l’article d’Anne Lebel dans le même ouvrage, L’abolition de l’esclavage à Mayotte Résistances et compromis. 1846-1848 offre une vision très documentée de l’abolition qui a lieu à Mayotte. Vous pourrez reprendre les propos liminaires d’Anne Lebel qui pose la question d’une ordonnance royale controversée qui nourrit mécontentements et résistance chez les anciens maîtres et les nouveaux affranchis, obligeant la puissance coloniale au compromis pour établir l’abolition et le statut de travailleur engagé (possibilité d’adapter cette problématique à la leçon en la simplifiant). 

Capacités travaillées selon les choix pédagogiques du professeur : Mettre un événement ou une figure en perspective – Identifier les contraintes et les ressources d’un événement, d’un contexte historique, d’une situation géographique – Confronter le savoir acquis en histoire et en géographie avec ce qui est entendu, lu et vécu.

Pour les statuts des esclaves, à Mayotte, mais aussi aux Comores et pour saisir leur attachement à leurs hameaux et à leurs maîtres, il faut aussi lire dans le même ouvrage l’article de Siti Yahaya Boinaidi sur les statuts personnels de ces travailleurs serviles.

La situation aux Comores est complexe et elle ne peut être examinée avec le prisme de l’histoire de la traite et de l’esclavage atlantique. En revanche, l’esclavage, quelles que soient ses formes, est reconnu comme « un crime contre l’humanité » par la République française à travers l’application de la loi Taubira du 21 mai 2001 (Loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité). Une réflexion sur cette loi pourra être menée en EMC dès la seconde ou lors de la préparation du concours sur la mémoire et l’histoire de l’esclavage de La Flamme de l’Égalité. Il serait intéressant de comparer les expressions employées dans l’ouvrage comme «esclavage doux» (en fait une expression de Passot à replacer dans le contexte du langage d’un officier de marine qui a vu fonctionner les plantations à la Réunion) et les articles de la loi Taubira par exemple afin de former le jugement des élèves sur cette question vive. La loi ne permet pas de réviser ou de nier l’importance du « crime contre l’humanité » constitué par la traite et l’esclavage. 

Pour mettre en perspective la décision de l’abolition de l’esclavage à Mayotte, il est important de connaître les décisions politiques prises par la Monarchie de Juillet et le contexte international de la première moitié du XIXème siècle, en particulier la rivalité franco-anglaise :

Vous pouvez pour un court panorama sur les décisions prises sous les différents régimes politiques français à partir de 1789 et en particulier sous la Monarchie de Juillet vous reporter à une très ancienne page du CNDP, cependant toujours utile : site du CNDP

Sur Les décisions prises sur le statut de l’esclave sous la Monarchie de juillet, vous pouvez consulter l’article de Frédéric Charlin. La condition juridique de l’esclave sous la Monarchie de Juillet. Droits, Revue française de théorie, de philosophie et de cultures juridiques, Presses Universitaires de France, 2010, pp.45-74 article sur HAL Il s’agit d’une analyse juridique et factuelle très rigoureuse. Le contexte est celui d’une reconstitution du mouvement abolitionniste pendant le règne de Louis-Philippe.

Pour une approche plus universitaire sur les caractéristiques de la traite et de l’esclavage dans l’océan Indien (mais très anthropologiques et assez peu claire sur les approches chronologiques du phénomène), vous pourrez consulter l’ouvrage, (s.d.) Henri Médard et alii, Traite et esclavage en Afrique orientale et dans l’océan Indien, Karthala, collection Esclavages, 2013, 526 pages, disponibles sur CAIRN https://www.cairn.info/traites-et-esclavages-en-afrique-orientale–9782811109134.htm

Un autre article universitaire très précis sur le sujet de la traite dans l’océan Indien de Thomas Vernet expose comment l’historiographie du sujet des traites et de l’esclavage s’est peu à peu construite (Thomas Vernet. Les réseaux de traite de l’Afrique orientale : côte swahilie, Comores et nord-ouest de Madagascar (vers 1500 – 1750). Cahiers des Anneaux de la Mémoire, Les Anneaux de la Mémoire, 2006, 9, pp. 67-107), disponible sur HAL https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00260181/document