Traite orientale, esclavage et abolition à Mayotte

Intervention sur l’esclavage à Mayotte faite au collège Kawéni 2 en partenariat avec les archives départementales de Mayotte

Origines/raisons de l’intervention 

Dans le cadre de la journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage à Mayotte (27 avril), nous avons mis en place un atelier pour l’ensemble des classes de 4ème de l’établissement.
L’un des intérêts de ce projet est de pouvoir déconstruire les représentations des élèves concernant la pratique de l’esclavage à Mayotte et de relocaliser à l’échelle régionale la notion de traite négrière. Ce projet s’inscrit dans le cadre des adaptations des thèmes 1 et 2 du programme d’histoire en 4e (BOEN n°11 du 16 mars 2017)

Les modalités de l’intervention

Ce projet a été organisé pour l’ensemble des classes de 4ème du collège et réparti sur deux journées : les jeudis 15 et 22 avril 2021. L’intervention s’est faite au CDI, en partenariat avec Mme Panin (documentaliste du collège Kawéni 2). La journée s’est déroulée avec l’accueil des différentes classes de 4ème, accompagnées d’un professeur (d’histoire ou d’une autre discipline), sur un créneau d’1 heure. L’intervention a lieu en 3 temps (ou parties) :

  • La traite orientale
  • La société esclavagiste à Mayotte et dans l’archipel
  • L’abolition de l’esclavage à Mayotte et dans l’archipel

La présentation de M. Inssa de NGuizijou MDAHOMA s’est déroulée sous la forme d’ateliers diversifiés et différenciés selon les classes par rapport à leurs niveaux (maitrise de la langue française) :

  • Pour les classes dites à profils non lectrices et non scriptrices, les supports étaient soit iconographiques ou sous la forme d’un témoignage oral.
  • Pour les autres classes, les documents fournis étaient sous forme d’écrits (textes) et également iconographiques.

Première partie

Les élèves travaillent à partir d’un témoignage oral, en shimaore, dans lequel un homme expliquait les différentes raisons et la manière dont étaient capturés et transportés les esclaves. L’influence des populations arabes dans la traite orientale avec le transport d’esclaves des côtes africaines vers Mayotte est aussi mentionnée. Les esclaves étaient transportés pour faire des constructions de maisons et également pour travailler dans les champs.

Cette approche a très bien fonctionné avec les élèves car ce sont eux qui ont restitué en français les informations fournies par ce témoignage.
Il y avait des documents écrits pour décrire les trajets de la traite ainsi que les acteurs. Le travail sous forme de questionnaires a permis de faire une restitution collective, à l’oral, avec les élèves.
Une carte a permis également de localiser les ports de la côte Est-africaine (Tanzanie et Kenya), d’où partaient les navires négriers (Bagamoyo, Mombasa, Kilwa).
Les documents iconographiques leur ont permis de comprendre la manière dont les esclaves étaient capturés sur le continent africain et comment ils étaient transportés dans l’archipel via des boutres (Djahazi).

Deuxième partie

Toujours à partir de témoignage oral et de textes, les élèves devaient définir les différentes catégories d’esclaves existants dans l’archipel. Ils ont pu se familiariser avec des formes d’esclavage spécifiques à la région comme l’esclave d’exportation (destiné à être vendu ailleurs, Réunion ou Maurice), les esclaves travaillant sur les boutres (esclaves marins/esclaves terriens).

Ce travail de classification des esclaves a bien fonctionné avec les élèves car cela leur a permis de compléter leurs connaissances sur les formes d’esclavages pratiquées en Amériques (esclaves de plantation, domestiques etc.)

Troisième partie

C’est à partir d’un document écrit, l’ordonnance du Roi Louis Philippe du 9 décembre 1846 et du témoignage oral sur l’arrivée des français dans la zone, que la question de l’abolition de l’esclavage, dans les îles de l’archipel, a été abordée.
M. Inssa de N’Guizijou MDAHOMA a donné des explications orales sur la notion de « razzias » (pillage de tout : hommes, récoltes etc…) et sur ce qu’étaient les Sultans d’Anjouan au XVIIIème siècle.

Cette approche a permis aux élèves de s’approprier cette question de l’abolition dans le contexte de colonisation de la zone par la France.

Raconter la traite orientale, l’esclavage et son abolition à Mayotte : récits oraux des élèves sous forme de podcast

Et après ? La restitution dans le cadre du cours d’histoire-géographie

Dans les cours d’histoire-géographie, une restitution des élèves a été faite pour chaque classe. Sous forme de récits oraux, les élèves devaaient expliquer ce qu’ils ont retenu de l’intervention de M. Inssa de N’Guzijou MDAHOMA. Pour les élèves les plus autonomes et bénéficiant d’un équipement numérique à la maison, les récits ont été réalisés à la maison et transmis au professeur via l’ENT NEO (les élèves pouvaient s’enregistrer à partir de l’outil dictaphone de NEO ou du site Vocaroo). Pour la plupart des classes, les récits ont été enregistrés en classe sous forme d’une synthèse, réalisée à partir des propos des élèves recueillis en cours magistral dialogué. Pour les élèves à profil FLS/NLS/PLS, il leur a été demandé de raconter quelques phrases en français et en shimaore.

La production des élèves : un podcast à partir de leurs récits oraux et des témoignages

Notre bilan

  • Un projet qui touche tous les élèves d’un niveau (4e)
  • Un travail d’équipe qui a fonctionné (mobilisation de tous les profs d’histoire-géographie de 4e)
  • L’institutionnalisation d’une intervention sur l’histoire devenue obligatoire pour les élèves de 4e, au même titre que les interventions sur la sexualité, la police, etc.
  • Un atelier qui a fait sens pour les élèves (utilisation du shimaore, des représentations déconstruites et beaucoup de choses apprises)
  • Un projet différencié qui a pris en compte la diversité des élèves
  • Plusieurs compétences travailler : analyser et comprendre des documents/se repérer dans le temps et dans l’espace/Pratiquer l’oral
  • Des retours positifs des collègues des autres disciplines qui ont accompagné les classes

Marc Bregliano, Mouniati Moana, Sophie Moreau & Tom Mouls
Collège Kaweni 2 – 2020/2021

Annexes